Conseils Pratiques

BMW M1 E26 : histoire, fiche technique et cote 2026

BMW M1 E26 : histoire, fiche technique, moteur M88, championnat Procar et cote marché 2026. Tout ce qu'il faut savoir sur la supercar fondatrice de BMW Motorsport.

Marie Dubois24 avril 202616 min de lecture
BMW M1 E26 routière rouge et BMW M1 Procar blanche vues trois quarts avant

La BMW M1 E26 occupe une place à part dans l'histoire du constructeur bavarois. Produite à seulement 453 exemplaires entre 1978 et 1981, elle est la seule supercar de série jamais sortie de chez BMW et la seule voiture de route de la marque dotée d'un moteur central arrière. Conçue pour courir en Groupe 4 sous l'impulsion de la toute jeune division Motorsport, dessinée par Giorgetto Giugiaro, assemblée par Baur à Stuttgart après le retrait de Lamborghini, elle a inauguré le sigle « M » qui fait aujourd'hui la fortune de BMW.

Échec commercial de son vivant, la BMW M1 E26 est devenue avec les années l'un des youngtimers les plus recherchés du marché de la collection. Cet article retrace sa genèse complète, détaille sa mécanique et son moteur M88/1, revient sur le championnat Procar qui l'a fait exister aux côtés de la Formule 1, et propose un guide d'acquisition 2026 pour les collectionneurs. Vous découvrirez également la cote actuelle du modèle, les points mécaniques à inspecter impérativement avant un achat, et la filiation culturelle qui relie la M1 à la BMW i8.

BMW M1 E26 : fiche d'identité complète

La BMW M1 E26 concentre un ensemble de caractéristiques uniques dans l'histoire du constructeur bavarois : moteur central arrière, carrosserie en fibre de verre, double roundel au hayon, production artisanale italo-allemande. Le tableau ci-dessous rassemble les données essentielles du modèle, de sa mécanique à sa cote actuelle sur le marché de la collection.

CaractéristiqueValeur
Période de production1978-1981
Exemplaires produits453 au total (~399 routières + ~54 compétition)
DesignerGiorgetto Giugiaro (ItalDesign)
Assemblage finalBaur Karosseriewerk, Stuttgart (Allemagne)
CarrosserieCoupé 2 places, polyester armé fibre de verre
ChâssisCadre spatial tubulaire treillis (Marchesi, Modène)
MoteurBMW M88/1 · 6 cylindres en ligne · 3 453 cm³ · 24 soupapes
AlimentationInjection mécanique Kugelfischer, 6 corps séparés
Puissance277 ch à 6 600 tr/min (204 kW)
Couple maxi330 Nm à 5 000 tr/min
Position du moteurLongitudinale, centrale arrière
TransmissionZF 5 rapports manuels · embrayage bi-disque · propulsion
0 à 100 km/h5,6 secondes
Vitesse maximale262 km/h
Dimensions (L × l × h)4 360 × 1 824 × 1 140 mm
Poids à vide1 300 kg
PneumatiquesAvant 205/55 R16 · Arrière 225/50 R16
Prix d'époque (1979)113 000 DM (~135 000 € en pouvoir d'achat 2026)
Cote marché 2026De 450 000 € (bon état) à 700 000 €+ (concours, matching numbers)
Statut de collectionYoungtimer d'exception · seule BMW routière à moteur central

De la Turbo Studie 1972 au projet E26

Paul Bracq, le Concept Turbo et la promesse d'un coupé sport

L'histoire de la BMW M1 E26 commence six ans avant sa naissance officielle. En 1972, Paul Bracq, alors directeur du design BMW, présente au Salon de Genève la BMW Turbo Studie, un concept deux places à portes papillon équipé d'un 4 cylindres turbo 2 litres dérivé de la 2002 Turbo. Le châssis tubulaire du prototype est déjà étudié en partenariat avec Lamborghini. Le concept est salué pour sa modernité, mais le choc pétrolier de 1973 et le scandale que représente alors la 2002 Turbo conduisent BMW à reporter le projet.

La Turbo Studie restera à l'état de concept-car, exposée comme une vitrine technologique. Ses lignes tendues, son moteur central, ses portes papillon et son châssis tubulaire servent pourtant de socle génétique à ce qui deviendra la M1. Le dessin de Bracq fixe le gabarit, les proportions et la philosophie d'ensemble : celle d'un coupé compact à habitacle avancé et masses centrées.

1977 : Jochen Neerpasch ressort le projet E26

En 1972, BMW fonde Motorsport GmbH, une entité sportive dédiée à la compétition et aux modèles exclusifs. Cinq ans plus tard, son directeur Jochen Neerpasch, transfuge de Ford, ressort le projet de coupé des cartons. L'objectif est clair : produire une voiture capable de courir en Groupe 4 et Groupe 5 de la FIA, catégories qui exigent une production minimum de 400 exemplaires homologués en 24 mois. Le projet reçoit le nom de code interne E26 et devient la première BMW à arborer le sigle « M » pour Motorsport.

Neerpasch confie le dessin à Giorgetto Giugiaro et sa fonderie italienne ItalDesign, tandis que la mécanique reste chez Motorsport à Munich. La fabrication des coques et l'ingénierie du châssis sont initialement sous-traitées à Lamborghini, qui dispose alors d'une expertise reconnue sur les supercars à moteur central. Ce partage des tâches italo-allemand doit permettre à BMW de gagner du temps sur un segment qu'il ne connaît pas.

La rupture avec Lamborghini et le sauvetage par Baur

Le partenariat avec Lamborghini tourne court. La firme italienne traverse en 1977 et 1978 une crise financière majeure qui l'empêche d'honorer ses engagements industriels. Seuls sept prototypes sont construits lorsque BMW résilie le contrat en mai 1978. Motorsport doit alors réorganiser en urgence la chaîne de production. Les panneaux de carrosserie en fibre de verre continuent d'être fabriqués en Italie, chez ItalDesign et chez Marchesi à Modène pour les châssis, mais l'assemblage final est transféré au carrossier allemand Baur, à Stuttgart.

Baur, fondé en 1910, a déjà assemblé pour BMW plusieurs dizaines de milliers de cabriolets 1600, 2002 et E110. L'atelier reprend la quasi-totalité des 450 M1 routières. Cette chaîne logistique atypique, avec des pièces transitant entre quatre sites dans deux pays, explique en grande partie les retards d'homologation qui pénaliseront la carrière sportive du modèle. La BMW M1 E26 est finalement présentée au public le 5 octobre 1978, au 65ᵉ Salon de l'Automobile de Paris.

La silhouette signée Giorgetto Giugiaro

ItalDesign et le langage coin de 1978

La BMW M1 E26 est un exercice de style typique du Giugiaro des années 1970. Le designer turinois, alors au sommet de sa période « coin », vient de signer la Lotus Esprit (1976) et travaille en parallèle sur la DeLorean DMC-12. Il applique à la M1 le même vocabulaire : silhouette trapézoïdale, arêtes franches, capot avant plongeant, pavillon bas et reculé, surfaces vitrées réduites. La voiture mesure 4 360 mm de long pour seulement 1 140 mm de haut, soit 16 cm de moins qu'une 911 contemporaine.

La carrosserie est entièrement moulée en polyester armé de fibre de verre, choix industriel dicté par la volonté de limiter le poids et de faciliter la production en petite série. Les panneaux sont fabriqués chez ItalDesign en Italie puis acheminés vers Baur en Allemagne pour le montage final. Le châssis, lui, est un treillis tubulaire d'acier soudé, conçu initialement par Lamborghini puis produit par Marchesi à Modène.

Les signatures stylistiques propres au modèle

Plusieurs éléments de design font de la BMW M1 E26 un objet unique dans le catalogue du constructeur. Les phares escamotables, nécessaires pour respecter la hauteur aérodynamique de l'avant et la législation américaine sur la hauteur des feux, sont une première et une exception chez BMW. Les feux arrière sont empruntés à la Série 6 (E24) produite à la même époque, signature visuelle discrète qui rattache malgré tout la M1 au langage de la marque.

Le détail le plus remarquable se trouve à l'arrière : la BMW M1 E26 est la seule voiture de route de l'histoire du constructeur à porter deux roundels BMW sur le hayon. Cette double signature, héritée du concept Turbo, sera reprise au cinéma et dans les hommages ultérieurs, notamment sur le concept M1 Hommage de 2008. Les jantes, dessinées par Campagnolo, reprennent le motif à rayons stylisés typique de la fin des années 1970, avec un diamètre de 16 pouces et une monte mixte 205/55 à l'avant et 225/50 à l'arrière. L'habitacle contraste avec l'extérieur sportif par une austérité quasi-monacale : deux sièges baquets, une instrumentation classique BMW, un levier de vitesses court et un équipement réduit au strict minimum.

Le moteur M88/1 et sa dynastie Motorsport

Architecture technique du six-en-ligne de 277 chevaux

Le cœur de la BMW M1 E26 est son moteur M88/1, conçu par la division Motorsport à partir du six cylindres déjà installé sur les coupés 3.0 CSL de compétition. D'une cylindrée de 3 453 cm³, il développe 277 chevaux à 6 600 tr/min pour un couple de 330 Nm à 5 000 tr/min. L'alésage est de 93,4 mm, la course de 84 mm, le rapport volumétrique fixé à 9:1. Le bloc est en fonte, la culasse en alliage léger, et la distribution comporte quatre soupapes par cylindre actionnées par deux arbres à cames en tête.

L'alimentation est assurée par une injection mécanique Kugelfischer à six corps séparés, solution sophistiquée et coûteuse qui permet une réponse instantanée à l'accélérateur. L'allumage est électronique, et la lubrification se fait par carter sec, technologie typiquement issue de la compétition qui autorise une assiette très basse du moteur et résiste aux fortes accélérations latérales. La boîte de vitesses est une ZF manuelle à 5 rapports, accouplée à un embrayage bi-disque. La transmission est propulsive, avec un couple conique et un différentiel à glissement limité.

Une position centrale longitudinale, pas transversale

Contrairement au concept Turbo Studie de 1972 qui plaçait son 4 cylindres en position centrale transversale, la BMW M1 E26 adopte une implantation longitudinale du bloc en position centrale arrière. Ce choix, dicté par des contraintes de rationalisation industrielle, permet à BMW de réutiliser la boîte ZF existante et de positionner deux réservoirs d'essence de 58 litres de part et d'autre du groupe propulseur pour centrer les masses. La conséquence est un empattement allongé et une répartition des masses proche de 50/50, idéale pour le comportement dynamique.

La filiation M88 : une cascade d'héritages Motorsport

L'héritage technique du M88 dépasse largement la carrière de la BMW M1 E26. Une version de ce moteur, renommée M88/3, équipe à partir de 1984 la BMW M635 CSi (coupé E24 Motorsport) et la BMW M5 E28 commercialisées en Europe. Ces deux modèles héritent directement du six-en-ligne de la M1, avec quelques adaptations pour respecter les normes antipollution et s'adapter à une implantation avant longitudinale. En Afrique du Sud, une variante spécifique équipe 209 exemplaires de la BMW 745i entre 1984 et 1986.

Cette cascade technique explique pourquoi le M88 est considéré par les connaisseurs comme le moteur fondateur de la M-philosophy moderne. La BMW M3 E30, la BMW M5 E34, puis les générations suivantes héritent toutes indirectement du cahier des charges fixé par le bloc de la M1 : six cylindres en ligne, 24 soupapes, haute compression, montée en régime libérée, alimentation sophistiquée. Le M88 reste en production jusqu'en 1989, un record de longévité pour un moteur Motorsport initialement conçu pour une supercar construite à 453 exemplaires.

La seule BMW routière à moteur central. La BMW M1 E26 est, à ce jour et depuis 1981, la seule voiture de route jamais commercialisée par BMW avec un moteur en position centrale arrière. Ni la Z1, ni la Z8, ni la i8 hybride ne partagent cette architecture (l'i8 place son moteur thermique à l'arrière mais garde un moteur électrique à l'avant). Cette unicité structurelle est l'un des principaux moteurs de la cote du modèle sur le marché de la collection.

Le championnat BMW M1 Procar 1979-1980

Neerpasch invente une série monomarque en lever de rideau des GP de F1

La carrière sportive de la BMW M1 E26 devait initialement se dérouler en Groupe 4 puis en Groupe 5 du Championnat du monde des marques. Les retards d'homologation consécutifs à la rupture avec Lamborghini rendent cet objectif inatteignable pour la saison 1979. Jochen Neerpasch imagine alors une solution marketing brillante : créer une série de course monomarque utilisant les M1 préparées en configuration Groupe 4, et la faire disputer en lever de rideau des Grands Prix de Formule 1 européens. L'accord est signé avec la FOCA dès l'été 1978 et le championnat est annoncé en juillet à Hockenheim.

Le Championnat BMW M1 Procar voit le jour en mai 1979. Les cinq pilotes de F1 les plus rapides en essais libres du vendredi obtiennent une place garantie dans l'équipe officielle BMW Motorsport, tandis que des pilotes privés, des spécialistes endurance et quelques invités complètent la grille. Chaque course dure environ trente minutes. Le vainqueur reçoit 5 000 dollars, somme significative pour l'époque. Niki Lauda, Nelson Piquet, Mario Andretti, Alan Jones, Emerson Fittipaldi, James Hunt, Clay Regazzoni, Jacques Laffite et John Watson participent aux épreuves sur leurs week-ends de Grand Prix.

Les différences techniques de la version course

La BMW M1 E26 Procar est bien plus qu'une routière gonflée. Son moteur M88 de compétition, préparé par Motorsport, développe 470 chevaux à 9 000 tr/min, soit 70 % de puissance supplémentaire par rapport à la version routière. Le poids est abaissé à environ 1 020 kg grâce à la suppression de l'insonorisation, du mobilier intérieur, des vitres remplacées par du plexiglas, et à l'installation d'un arceau de sécurité multitubulaire. La boîte ZF reçoit des rapports plus courts, les suspensions sont entièrement revues avec des barres stabilisatrices réglables, et les freins obtiennent un répartiteur pilotable depuis le cockpit.

La vitesse de pointe grimpe à environ 310 km/h selon les rapports de transmission, et le 0 à 100 km/h se situe sous les 4,5 secondes. Les jantes Campagnolo passent à 11 pouces à l'avant et 12,6 pouces à l'arrière, pour accueillir des pneus slicks Goodyear. Un aileron arrière réglable est ajouté sur le couvercle moteur, complété par un becquet de lèvre avant. Seules 48 BMW M1 Procar sont construites au total, par trois préparateurs : BS Fabrications (équipe d'usine BMW), Project Four (l'équipe de Ron Dennis qui deviendra McLaren), et Osella en Italie. Chaque Procar coûte à l'époque environ 150 000 DM, soit près de 60 000 dollars.

Lauda 1979, Piquet 1980 : deux champions au palmarès

La saison inaugurale 1979 couronne Niki Lauda, double champion du monde de Formule 1, vainqueur de trois manches (Zolder, Silverstone, Hockenheim, puis une deuxième place finale à Monza). Le pilote autrichien court d'abord pour l'écurie officielle BMW Motorsport, puis pour Project Four de Ron Dennis. Il devance Hans-Joachim Stuck et Clay Regazzoni. En 1980, le calendrier Procar évolue : six manches en lever de rideau de F1, deux courses indépendantes en Allemagne. Nelson Piquet, futur champion du monde, remporte le titre grâce à trois victoires consécutives en fin de saison. Alan Jones, champion du monde de F1 la même année, termine deuxième.

Le championnat est interrompu à l'issue de 1980. BMW Motorsport doit concentrer ses ressources sur le développement du futur moteur de Formule 1 destiné à l'écurie Brabham de Bernie Ecclestone, projet qui aboutira au titre mondial de Nelson Piquet en 1983. L'homologation Groupe 4 de la BMW M1 E26 est finalement accordée le 1er décembre 1980, soit trop tard pour une carrière internationale significative. Quelques exemplaires courent encore au Mans et en championnat IMSA GTO jusqu'en 1986. En 2008 puis en 2019, BMW Group Classic organise des revivals Procar à Hockenheim et au Norisring, avec une quinzaine de Procars originales ramenées en piste.

Un échec commercial face aux rivales d'époque

Un prix prohibitif et un positionnement ambigu

À son lancement fin 1978, la BMW M1 E26 est affichée 113 000 Deutsche Mark, tarif qui en fait la voiture allemande la plus chère du marché. Ce positionnement correspond à une volonté assumée de Motorsport : proposer une supercar véritablement premium, produite en très petites séries, capable de rivaliser avec les Ferrari et Lamborghini contemporaines. Le calcul marketing échoue. Les acheteurs de supercar de la fin des années 1970 cherchent avant tout une image exotique italienne, incarnée par Ferrari, Lamborghini et Maserati. BMW, constructeur respecté mais perçu comme sérieux et industriel, peine à convaincre sur ce segment.

Le face-à-face avec les rivales de 1978-1981

ModèleMoteurPuissance0-100 km/hPrix 1979 (DM)
BMW M1 E266 cyl. 3,5 L atmo277 ch5,6 s113 000
Porsche 911 Turbo 9306 cyl. 3,3 L turbo300 ch5,4 s~95 000
Ferrari 308 GTBV8 2,9 L atmo255 ch6,5 s~80 000
Lamborghini Countach LP400 SV12 4,0 L atmo353 ch5,6 s~120 000
Lotus Esprit S24 cyl. 2,0 L atmo160 ch8,1 s~50 000

La Porsche 911 Turbo 930 offre en 1979 des performances comparables pour 15 % moins cher, avec l'avantage d'un réseau commercial rodé et d'une image sportive solidement établie. La Ferrari 308 GTB profite de l'aura exotique italienne et d'un tarif 30 % inférieur. Même la Lamborghini Countach LP400 S, pourtant 7 000 DM plus chère, bénéficie d'un pedigree supercar incontournable. La BMW M1 E26, coincée entre performances honorables et tarif premium, attire surtout les amateurs éclairés et les collectionneurs précoces.

Arrêt de production et rareté devenue atout

Entre 1978 et 1981, BMW n'écoule qu'une centaine d'exemplaires par an en moyenne. La production totale s'arrête à 453 unités, loin des volumes initialement projetés. Motorsport arrête la fabrication en 1981, faute de rentabilité, et la BMW M1 E26 disparaît du catalogue sans successeur. Cette rareté structurelle, combinée à l'homologation FIA tardive et à un palmarès Procar prestigieux, va progressivement transformer l'échec commercial initial en atout majeur pour la valeur de collection. Dès les années 1990, les premiers collectionneurs éclairés identifient la M1 comme l'une des rares supercars allemandes authentiques à fort potentiel patrimonial.

Des Art Cars à la filiation avec la BMW i8

Andy Warhol, 1979 : l'Art Car la plus célèbre du programme BMW

En juin 1979, BMW confie à Andy Warhol la réalisation de la quatrième Art Car de son programme artistique, lancé en 1975 par Hervé Poulain sur une BMW 3.0 CSL peinte par Alexander Calder. Warhol choisit une BMW M1 E26 Procar et la peint directement à la main en 29 minutes, refusant toute maquette préalable. Il applique directement ses pigments sur la carrosserie avec des gestes rapides et expressionnistes. L'Art Car Warhol sera engagée aux 24 Heures du Mans 1979 par l'équipe Hervé Poulain, Manfred Winkelhock et Marcel Mignot. Elle termine à la 6ème place au général et 2ème de sa catégorie.

De la M1 Hommage 2008 à la BMW i8

Pour célébrer les trente ans du modèle, BMW dévoile en avril 2008 le concept M1 Hommage au Concorso d'Eleganza de la Villa d'Este. Le design est confié à Giorgetto Giugiaro lui-même, qui reprend ses propres lignes tendues de 1978 et y injecte un langage visuel contemporain : optiques à LED, écopes latérales agressives, double roundel arrière préservé. Le concept ne connaîtra pas de suite commerciale directe, mais certaines de ses signatures stylistiques se retrouveront sur la BMW i8 lancée en 2014, première sportive hybride rechargeable du constructeur.

La filiation visuelle avec la i8 est subtile mais réelle : silhouette basse et profilée, portes en élytre, architecture à moteur central partiellement reprise. La BMW M1 E26 reste néanmoins, techniquement, la seule voiture de route BMW dotée d'un moteur thermique en position centrale arrière. L'i8 conserve en effet un moteur électrique à l'avant pour assurer la transmission intégrale, ce qui la distingue architecturalement de son illustre ancêtre.

Guide d'acquisition 2026 : cote et points critiques

Cote marché 2026 par état de conservation

Le marché de la BMW M1 E26 connaît depuis 2015 une appréciation régulière, portée par la raréfaction des exemplaires en circulation et la reconnaissance patrimoniale croissante du modèle. Les fourchettes de prix observées sur les grandes maisons de ventes européennes (Artcurial, RM Sotheby's, Bonhams) et sur les marketplaces spécialisées (Classic Trader, Classic Driver) en 2026 sont les suivantes.

État de conservationFourchette de prix 2026Caractéristiques typiques
Concours / Matching numbers complet600 000 € à 750 000 €Numéros correspondants châssis, moteur, boîte. Documentation d'origine complète. Faible kilométrage (< 30 000 km). Peinture d'origine ou restauration professionnelle.
Excellent500 000 € à 600 000 €Restauration soignée, matching numbers partiel. Kilométrage modéré. Historique clair depuis premier propriétaire.
Bon état roulant400 000 € à 500 000 €Voiture utilisée mais bien entretenue. Certains numéros non correspondants. Restaurations ponctuelles sans documentation complète.
Projet / à restaurer250 000 € à 400 000 €Mécanique à refaire, carrosserie à reprendre. Coût de restauration complète estimé entre 150 000 € et 300 000 €.
Procar de course (rare)1 200 000 € à 3 000 000 €+Les 48 exemplaires Procar sont considérés séparément. Les voitures avec palmarès (Lauda 1979, Piquet 1980) franchissent régulièrement les 2,5 M€ en ventes publiques.

Les cinq points mécaniques critiques à inspecter

Toute acquisition d'une BMW M1 E26 exige une inspection mécanique approfondie par un spécialiste reconnu. Cinq points concentrent la majorité des problèmes potentiels et méritent une attention particulière avant toute décision d'achat.

  • Injection Kugelfischer : l'injection mécanique à six corps séparés est une pièce maîtresse du M88 mais elle exige un entretien rigoureux et une mise au point par un atelier spécialisé. Les pièces de rechange sont devenues rares et onéreuses. Un contrôle de débitage et d'équilibrage des six voies est impératif.
  • Unité d'allumage électronique : le boîtier d'allumage d'origine BMW Motorsport est sujet à des pannes électroniques. Les pièces neuves sont quasiment introuvables aujourd'hui, et certains propriétaires installent des solutions de remplacement modernes qui peuvent poser un problème d'authenticité.
  • Matching numbers : vérifier systématiquement la concordance entre numéro de châssis, numéro de moteur et numéro de boîte de vitesses sur les plaques constructeur. Un exemplaire non-matching peut perdre 20 % à 35 % de sa valeur de marché. Le registre BMW Group Classic permet une vérification croisée.
  • Corrosion du châssis tubulaire : le treillis tubulaire d'acier soudé est recouvert de panneaux en fibre de verre. Les points critiques se trouvent aux jonctions entre le châssis et les fixations de suspension, ainsi qu'aux zones d'arrimage des réservoirs latéraux. Une inspection endoscopique est recommandée.
  • Historique Procar (si applicable) : pour les 48 exemplaires de compétition, la traçabilité du palmarès est essentielle à la valeur. Rechercher les archives de course, les identifications photographiques, et si possible une certification BMW Group Classic.

Matrice de décision par profil d'acheteur

ProfilConfiguration recommandéeBudget totalPriorité à chercher
Investisseur patrimonialMatching numbers complet · faible kilométrage · historique documenté600 k€ à 750 k€Certification BMW Group Classic, documentation d'origine complète
Collectionneur roulantExcellent état avec restauration récente · mécanique fraîche450 k€ à 550 k€Historique d'entretien récent par atelier spécialisé, essai routier complet
Puriste authenticitéVoiture originale jamais restaurée ou restauration sympathique uniquement550 k€ à 700 k€Peinture d'origine, intérieur d'origine, traces de patine acceptables
Amateur compétitionProcar authentique avec palmarès course + éligibilité revivals1,2 M€ à 3 M€+Certification course, éligibilité à Le Mans Classic ou Revival Procar

À retenir sur la BMW M1 E26

La BMW M1 E26 occupe une place sans équivalent dans la production du constructeur bavarois. Seule supercar de série, seul moteur central arrière, seul double roundel arrière : trois unicités structurelles qui font de ce modèle une pièce patrimoniale incontournable pour tout collectionneur BMW sérieux. Son échec commercial initial, paradoxalement, garantit aujourd'hui sa rareté et soutient une cote qui a doublé en une décennie.

Au-delà de sa valeur de collection, la BMW M1 E26 reste surtout un laboratoire technique dont l'héritage dépasse largement ses 453 exemplaires. Le moteur M88 qu'elle a inauguré a ensuite équipé la BMW M635 CSi, la BMW M5 E28, puis a inspiré toute la généalogie des six-en-ligne Motorsport des décennies suivantes. Le championnat Procar 1979-1980, né d'un contretemps d'homologation, reste l'une des séries de course les plus spectaculaires jamais organisées, avec Niki Lauda et Nelson Piquet au palmarès.

Pour qui souhaite aujourd'hui acquérir une BMW M1 E26, les fourchettes de prix 2026 varient de 250 000 € pour un projet de restauration à plus de 750 000 € pour un exemplaire concours matching numbers. Les cinq points critiques à inspecter sont l'injection Kugelfischer, l'électronique d'allumage, le matching numbers, la corrosion du châssis tubulaire et la traçabilité historique. Un atelier spécialisé BMW Classic et la consultation du registre BMW Group Classic sont indispensables avant tout engagement.

Questions fréquentes

Besoin d'un camping-car ?

Découvrez notre sélection de véhicules disponibles à la location.

Voir les offres